lundi 28 septembre 2009

Magazine Purple(s)


Purple Prose, Purple Fiction, Purple Fashion, Purple Sexe, Purple, Hélène, Le Purple journal. On s’y perd un peu. Purple, un magazine en mutation qui s’invente et se réinvente. Les versions sont nombreuses et parlent de l’art contemporain, la mode, le sexe, la vie. Le magazine marque les années 90 par sa forme débridée et avant-gardiste faisant participer une sélection d’artistes, créateurs, photographes aujour- d’hui largement reconnus. Ses fondateurs, Elein Fleiss et Olivier Zahm à la fois rédacteurs en chef et critiques d’art mirent à disposition des artistes un nouveau support d’intervention, Purple Prose.

1992, Elein Fleiss tenait une galerie rue Bonaparte où elle organisait des expositions (Rêve, fantaisies, L’esprit bibliothèque, One+One). Elle partageait sa vie avec Olivier Zahm. De ce couple fusionnel, ce tourbillon autour duquel gravite toute une communauté d’artistes, va naître Purple Prose, un journal aux allures de fanzine maquetté dans la confidence de la nuit par Closky et Elein Fleiss. Le journal parle d’art contemporain, de mode, de photo, de vidéo, cinéma à travers une vision internationale (on alterne entre le français et l’anglais – quand ce n’est pas du japonais – tout au long d’un numéro) et libre (en rupture avec l’idée que l’on se faisait du produit magazine et même de l’art à cette époque). Le comité de rédaction est composé d’artistes et critiques : Dike Blair, Anne Frémy, Christophe Brunnquell, Dominique Gonzalez-Foerster, Bernard Joisten, François Roche, Jean-Luc Vilmouth.
« Depuis le début : voyages, rencontres, expositions, textes… notre amour n’a cessé de se porter hors de lui-même vers l’idée d’une communauté non-conjugale à inventer dans la fêlure même de toute communauté, littéralement délitée par l’effondrement des années 80 qui n’en finissaient pas de s’écrouler sur nos têtes et nos lèvres (le ressassement fin de siècle : fin de l’art, fin du politique, fin des avant-gardes, etc.). On n’en pouvait plus du tout… de ce postmodernisme délétère et moribond qui fusionnait si bien avec le croupissement conservateur parisien. On ne se reconnaissait plus dans rien. Dans aucune exposition. Dans aucun film. Dans aucun magazine (d’art ou de mode). On n’était pas contemporain du présent, ni du passé, mais uniquement de notre histoire à nous deux, entraînant celles des autres dans ce qui allait être Purple Prose (l’écriture de cette même histoire). Et on détestait Paris. »
olivier zahm – purple 14 winter 2003
Purple Prose est un journal différent (en dehors du journalisme, de la critique ou de la théorie), l’expression expérimentale d’une nouvelle communauté d’artistes, critiques. Les textes sont personnels, intimistes parfois regroupés sous forme de thèmes (Violet violence, Rêver, l’été indien, post sexe) eux mêmes liés à des expositions (L’hiver de l’amour en 1994 au musée d’art moderne). La revue est élitiste et s’adresse au milieu de l’art, elle fut dans un premier temps distribuée au musée d’Art moderne de Paris.
La forme du journal est expérimentale sans être amatrice, Christophe Brunnquell et Anne-Iris Guyonnet, graphistes venus du journal Encore, se chargent de la direction artistique en s’inspirant du travail déconstructiviste de David Carson (Ray gun). Le graphisme est éclaté, confus, les couches se superposent, la lisibilité est évincée. Pas deux articles sont mis en page de la même manière, ça bouge dans tous les sens, ça fuse, ça crie, ça chuchote, ça vit et coïncide avec l’idée de faire un autre magazine.
« faire un magazine, du moins s’intéresser à ce lien entre ses acteurs et ses lecteurs, c’était créer un site mouvant, un espace nouveau de rapport aux rapports faits de contacts, d’ouvertures, de dialogues, de résonances, de conjonctions. Il s’agissait donc en 1992 d’aller à plusieurs, dans le sens d’une communauté en formation permanente, en échappant aux règles et mots d’ordre de la communication spectaculaire (le produit magazine) »
olivier zahm – purple 14 winter 2003
Petit à petit Purple va devenir protéiforme. A partir de 1995, parallèlement à Purple Prose vont être édités : Purple Fiction, Purple Fashion puis plus tard Purple Sexe. Les premiers purple fashion avaient une forme intéressante, petit format (18,5 cm x 13 cm), ils mêlent l’art et la mode de façon très étroite. Peu de textes et beaucoup d’images. Le numéro 2 du Purple Fashion (1997) regroupaient d’excellents collaborateurs notamment les photographes : Mark Borthwick, Anders Edström, Marina Faust, Takashi Homma, Mario Sorrenti, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, Camille Vivier ; les artistes : Martine Aballéa, Vanessa Beecroft, Dominique Gonzalez-Foerster ; et les créateurs : Martin Margiela, Viktor & Rolf, Hussein Chalayan, Helmut Lang, Junya Watanabe.
En 1998, tous les Purple (Fashion, Prose, Fiction) indépendants fusionnent en un seul magazine : Purple. Le magazine devient une grosse machine tournée vers la mode avec toujours des entrées sur l’art, la fiction. Les collaborateurs sont nombreux, une petite centaine environ, réunis dans un luxueux pavé de 450 pages glacées au format proche d’un livre plutôt que d’un magazine. La publicité menée par Geraldine Postel prend une part importante dans le magazine.
La façon de montrer la mode est libre, loin des contraintes habituelles. Les modèles ne sont pas forcément des mannequins et les photos peuvent être floues dans tout type de décor : la rue, la nature, un intérieur. Apparaissent une génération de photographes (Terry Richardson, Juergen Teller, Anders Edström, Mark Borthwick, Camille Vivier, Marcelo Krasilic, Giasco Bertoli, Alex Antitch, Henry Roy, Katja Rahlwes, Richard Kern) de créateurs (Martin Margiela, Viktor & Rolf, Comme des garçons, Susan Cianciolo, Gaspard Yurkievich, Helmut Lang, Hussein Chalayan, Bless, Lutz, Cosmic Wonder) et d’artistes (Dominique Gonzalez-Foerster, Rita Ackermann, Richard Prince, Maurizio Cattelan, Claude Lévêque, Ange Leccia, Closky).
Petit à petit le magazine devient de plus en plus conventionnel. Au début des années 2000, la collaboration d’Elein Fleiss et Olivier Zahm cesse en marquant définitivement la fin de Purple dans sa forme expérimentale (celle-ci s’étant essoufflée depuis plusieurs années).
Purple Fashion mené par Olivier Zahm apparaît. La direction artistique est assurée par Christophe Brunnquell. En décembre 2005, Elein Fleiss fonde sa propre maison d’édition, les éditions purple et son magazine, Purple journal après avoir réalisé en 2003 le journal Hélène, noir et blanc au format tabloïd mêlant textes d’artistes au ton intime et photographies.
Des magazines Purple, il reste un style radical, une désillusion mêlée à la mélancolie symbolique des années 90. L’iconographie est adaptée : photos brutes, anti-glamour, montrant les choses sans détour. La beauté prend un nouvel aspect : elle est pleine de défauts. Terry Richardson et Juergen Teller, photographes majeurs du magazine y contribuent. Le premier, capable du pire comme du meilleur, est connu pour son style snapshot, son regard implacable teinté d’ironie et son penchant pour le sexe qu’il présente comme un jeu exaltant, frénétique, éphémère parfois morbide. Son regard est grinçant, cynique et joue sur les clichés de la vulgarité. Le photographe Juergen Teller montre davantage la vulnérabilité de ses modèles. Un photographe à fleur de peau faisant émerger la fragilité et l’essence des êtres. Isabelle Huppert dit de lui qu’il saisit les « mouvements inconscients du corps et de l’esprit ». La formulation est un peu mystique mais finalement assez juste.

Article publié dans kaléido numéro 1.
A.B.

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