mercredi 23 décembre 2009

Aya Takano, FROM HERE TO ETERNITY

Aya Takano, Summoning her owls, she looked yonder. The buildings shone. 2007
Acrylique sur toile 194 x 259 cm
©2007 Aya Takano/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved.
Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin

Un documentaire réalisé par Hélène Sevaux de 20 minutes sur l'artiste japonaise Aya Takano à ce lien :
FROM HERE TO ETERNITY

Au passage, je mets en ligne une ancienne interview (mai 2008) d'Aya Takano que j'avais réalisée pour kaléido III qui n'a jamais été publié :

Jeune artiste japonaise de trente deux ans, Aya Takano, a commencé à peindre il y a déjà une dizaine d’années. Elle intègre très jeune l’Hiropon Factory, l’atelier/entreprise crée par Takashi Murakami qui deviendra quelques années plus tard Kaikai Kiki Corporation. Son œuvre singulière, fantastique, étrange et saisissante a un goût aigre-doux. Ses toiles aux touches tendres et aux couleurs fraîches, marquées par le style kawai (mignon), dépeignent pourtant un monde complexe voire tourmenté issu de son imagination débridée. Ses personnages, souvent féminins, longilignes, dénudés ont les articulations rougies et des yeux d’animaux. Ils coexistent dans des univers plus ou moins hostiles : déchèterie, chantier, urbanisation de science fiction, galaxies ou au contraire dans des intérieurs intimes.

Discussion avec Aya Takano

Alice Bénusiglio : Ou avez-vous appris à dessiner ? dessinez-vous depuis l’enfance ?
Aya Takano : Je dessine depuis que je suis toute petite. J’ai appris au fur et à mesure par moi-même.

Des maîtres ou des peintres vous ont-ils inspiré ?
J’aime beaucoup Gauguin et Van Gogh et aussi, même si on ne remarque pas le lien dans mon travail, Yayoï Kusama.

Vous avez été dessinatrice pour Nitendo, parlez-moi de votre expérience.
Je faisais du design packaging pour Nitendo au niveau de l’exécution uniquement.

Derrière un graphisme aux traits tendres et aux teintes pastelles, vous dépeignez un monde futuriste hostile presque apocalyptique dans lequel toute forme de vie, animale ou humaine,
doit se battre pour survivre (Toxic Beauty, séries de toiles inspirées par l’île de Yume No Shima bâtie sur un monticule de déchets dans la péninsule de Tokyo). Pourquoi dépeignez-vous un monde si noir à l’opposé du style « kawai » ?
Ma technique est inspirée des mangas et a une facture kawai mais je ne cherche pas à décrire ou dépeindre un univers « mignon ». Mon travail aborde des grands thèmes qui viennent de mon inconscient.
A propos de Toxic Beauty, quand je vois une petite chose par terre ou un déchet, cela ne m’intéresse pas. C’est la masse de déchets, ce monstre d’ordures, cette montagne qui me dépassait qui a provoqué en moi un choc esthétique. J’ai trouvé cela magnifique. Cela m’a également rappelé les images du 11 septembre. L’évènement en soit est horrible et malheureueux, mais j’ai eu un choc esthétique face aux montagnes de gravas créées par ce chaos. J’ai trouvé cela très beau.

Malgré le chaos et l’adversité dans vos œuvres, il y a toujours la vie qui grouille, surgissant quoiqu’il arrive, avec des survivants, des animaux…
L’homme va peut-être périr, cela arrivera peut-être un jour. Mais je crois en la force de la nature et de la vie qui resurgira plus tard.

N’est-ce pas aussi le propos de cette exposition Toward Eternity ?
Je ne sais pas si cela a un lien. Mais c’est vrai que je cherche toujours l’éternité, la renaissance, le renouvellement dans mon travail.

Dans vos tableaux, les femmes sont jeunes, menues, fragiles mais encore une fois paraissent farouches et résistantes. Que signifie cette représentation ?
Les personnages que je dépeins ne sont pas vraiment finis, ils ne sont ni adultes, ni enfants, ils sont en mutations et représentent un état mental encore en construction. Je représente à travers le physique de mes personnages leur état d’âme, leur sensibilité.
Je peins mes tableaux avec l’aide de mon inconscient, je ne peux pas donner une seule définition à ma peinture. Le spectateur l’interprète aussi à sa façon. Si vous voyez ces jeunes femmes résister, vous devez avoir raison.

Depuis vos débuts, vous travaillez auprès de Takashi Murakami au sein de The Hiropon Factory puis maintenant au Kaikai Kiki. Que vous apporte cet atelier et la collaboration
auprès de Takashi Murakami ?
Kaikai Kiki s’occupe de ma communication, fait les liens avec les galeries, je réalise les œuvres et ils font la suite.

Le prochain numéro de kaléido portera sur les pionniers, quels sont vos pionniers ?
Je crois aux extra-terrestres. On a trouvé récemment en Inde de très vieux livres qui parlent des ovnis avec des schémas explicatifs pour construire une machine dure en fer qui flotte dans les airs. Ces indiens sont mes pionniers.

En parlant d’extra-terrestre, pourquoi certains de vos personnages ont des pois bleus sur les fesses ?
Cela signifie qu’ils sont mongoles. Les mongoles ont a des traces bleues sur les fesses quand ils sont bébé et après cela disparaît.

Dans quel univers préférez vous vivre ? celui de vos extra-terrestres ou bien le monde réel ?
Je me contente du monde réel parce que je ne communique pas encore avec les extra-terrestres.

Cela viendra peut-être…
Sourire amusée

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