jeudi 11 février 2010

je pleure ALEXANDER MC QUEEN


Alexander Mc Queen, immense génie de la mode, a mis fin à ses jours. Il n'avait que quarante ans et laisse derrière lui une œuvre éblouissante. Chaque défilé faisait preuve d'une inventivité débridée, baroque, onirique et sophistiquée à l'extrême. C'était l'excellence même.
Je pleure ce génie et sa douleur.




























Collaboration avec Bjork pour l'album HOMOGENIC


Article (extrait) publié dans Le Monde écrit par Véronique Lorelle

Créateur de génie

La prochaine collection féminine d'Alexander McQueen devait être présentée durant la semaine du prêt-à-porter, à Paris, le 9 mars. Saison après saison, le styliste britannique avait fait de son défilé l'un des plus courus de la capitale française. Créateur de génie, né dans une famille londonienne modeste - son père était chauffeur de taxi -, il savait pimenter la semaine de la mode parisienne par ses prestations scéniques hors norme. Son talent de la coupe, allié à son art de la provocation, transformait chaque présentation de sa collection en un spectacle inédit, digne d'un label haute couture.

Son défilé de 2004, une parodie du film de Sidney Pollack On achève bien les chevaux, avec des danseurs au bord de l'épuisement, a été classé parmi "les plus beaux défilés de 1970 à nos jours" par l'historien de la mode Olivier Saillard, dans son récent ouvrage Histoire idéale de la mode contemporaine (Textuel, 2009). Il s'en dégageait une "énergie cruelle" jetée "en pleine face des journalistes de mode sidérés", précise notamment l'auteur.

Alexander McQueen a bien d'autres défilés-provocations à son registre. Vêtements tachés de sang, collection déchirée sur le thème "Viol dans les Highlands" ou mannequin handicapée aux bottines de bois... Au-delà d'une simple collection de vêtements, le styliste dénonçait la vanité de la condition humaine et la futilité de la mode.

Il était capable de lancer ses mannequins au milieu de zèbres, de buffles et d'éléphants empaillés, de sortir saluer son public en costume de lapin Bunny. Ou de convoquer tout son monde au milieu de loups sous les voûtes de la Conciergerie. "J'utilise les choses que les gens cachent, la guerre, la religion, le sexe, et je les force à regarder. Mes shows sont toujours autobiographiques", confiait-t-il, en 2005, à l'hebdomadaire Le Point.

Epoustouflante, sa création exprimait tout à la fois un talent de couturier et un mal-être récurrent. On y trouvait des références baroques et un peu terrifiantes comme Jack l'Eventreur, l'univers de Dante ou celui des sorcières de Salem, pendues, à la fin du XVIIe siècle, dans le Massachusetts, et dont il prétendait descendre en ligne directe. Une atmosphère sombre qui marquait aussi l'allure de son premier parfum, Kingdom : le flacon emprunte la forme d'un organe éventré sur toute sa longueur qui laisse voir le jus au travers de parois rouges. "J'exorcise mes fantômes", avait-t-il coutume de dire.Lien

Comme il y eut une génération de créateurs belges très féconde pour l'industrie du vêtement (Ann Demeulemeester, Dries van Noten, Martin Margiela...), Alexander McQueen fait partie de cette avant-garde de la mode britannique que l'on a appelée à la rescousse de grandes griffes parisiennes. A l'âge de 27 ans, en 1996, il est catapulté, crâne rasé et allure de rappeur, à la tête de la maison de haute couture Givenchy (Groupe LVMH), où il succède à son compatriote John Galliano, recruté comme directeur artistique de Christian Dior. A la même époque, la toute jeune Stella McCartney, fille d'un ex-Beatle, est chargée de redonner des couleurs à maison Chloé, à Paris. Le drapeau britannique flotte sur le triangle d'or.

Tous trois ont usé leurs jeans sur les bancs de la plus grande institution de mode en Grande-Bretagne, la Saint Martin's School of Arts. Mais Alexander McQueen n'est pas du sérail. Né dans un quartier ouvrier de Londres sous le signe du poisson (tatoué sur son épaule), ce cadet de six enfants est, avant tout, un autodidacte. Apprenti à 16 ans, notamment chez Andersen et Sheppard, deux prestigieux tailleurs de Savile Row, il apprend son métier sur le tas.

Carrière fulgurante

A 20 ans, il travaille pour le couturier japonais Koji Tatsuno, puis pour Roméo Gigli à Milan et revient en Grande-Bretagne avec l'intention d'enseigner à la Saint Martin's School. Là, on lui propose de passer un master, ce qu'il fera. Il sortira de ce haut lieu de la mode gratifié d'un Award du design. S'ensuit une carrière fulgurante. Entre autres nombreux signes : Alexander McQueen a habillé le prince Charles et reçu la distinction de "créateur de mode britannique de l'année" quatre fois entre 1996 et 2003.

En 2000, il entre dans le giron du groupe Gucci (PPR), qui lui offre l'opportunité de développer sa marque propre. Depuis, sa griffe, comme d'ailleurs celle de Stella McCartney, comptait parmi les fleurons de PPR, en termes de créativité et de potentiel de développement. Mais le personnage entretenait, la plupart du temps, le mystère, refusant la plupart des demandes d'entretiens. "Je suis trop timide, mes vêtements parlent pour moi", a-t-il confié un jour.

S'inspirant de la mode de la rue, en particulier du "bumster", ou pantalon taille basse, il fut le premier, en 2005, à avoir fait défiler des modèles aux vêtements arrêtés à la limite vertigineuse des fesses et du pubis.

On ne sait pas si le décès d'Alexander McQueen va conduire à l'annulation du prochain défilé de la marque, prévu à Paris, le 9 mars, lors de la Semaine du prêt-à-porter automne-hiver 2010-2011. Le groupe PPR a seulement déclaré ne pas vouloir faire de commentaire sur les circonstances du décès du créateur, par respect pour sa famille.

En revanche, ses confrères et amis ont salué un révolutionnaire de la mode qui a influencé toute une génération de stylistes. Alexander McQueen restera à la fois comme l'artisan d'une esthétique très couture et un chahuteur de "l'establishment", l'anti-politiquement correct, dans la lignée de Vivienne Westwood (ce qui ne l'a pas empêché de recevoir, en 2004, la distinction de "Commander of the British Empire").

Il avait pour compagnon le cinéaste George Forsyth, avec lequel il s'était uni, à Ibiza, en 2000, avec comme demoiselle d'honneur Kate Moss.

Véronique Lorelle

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l'article de Géraldine Dormoy-Tungate
The New York Times
dailymail

alexandermcqueen.com
showstudio
style.com

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