mardi 1 décembre 2009

Un transport en commun, un film de Dyana Gaye

Un OVNI sénégalais, qui tient du road movies, de l’opérette et de la comédie musicale ; il raconte une histoire de tous les jours dans un pays où les transports en commun sont les taxis de brousse.
Les premières images pourraient appartenir à un documentaire : embouteillages dakarois, petites commerçantes le long des trottoirs, voyageurs qui se rassemblent, comme dans une gare routière. Un chauffeur attend tranquillement en fumant dans un taxi couvert de plaies et de bosses qu’un aide astique soigneusement ; le temps passe, il ne se passe rien ….puis le groupe de voyageurs se met à danser dans la rue, comme dans West Side Story. Cela y ressemble trop pour que ce ne soit pas intentionnel ; le danseur de hip hop est la note d’aujourd’hui. Autre séquence dont la filiation semble revendiquée, celle du salon de coiffure, à l’européenne, très kitsch ; on pense à Vénus Beauté, ou à la boutique dans Les Parapluies de Cherbourg. Quant à l’histoire d’amour qui va peut-être s’épanouir, entre la jeune coiffeuse fugueuse et le héros un peu perdu mais ouvert à tout, elle évoque les Demoiselles de Rochefort.
Le charme certain du film vient de son « africanité », heureusement métissée avec les films occidentaux cités. Tandis qu’on attend un dernier passager pour remplir le taxi et optimiser la recette – il n’y a pas d’heure officielle de départ – on s’impatiente sans fureur et on finit par s’arranger : si le groupe paie pour le huitième passager, le départ est immédiat ! Plus tard, au milieu de l’embouteillage, une mobylette avance en zig zag pour amener un retardataire au point d’arrêt supposé des taxis… L’exil loin du Sénégal est évoqué par deux chansons : un jeune homme optimiste parle d’un départ vers l’Italie ; l’Europe est l’Eldorado, le voyage est initiatique : « Il faut voir du pays avant de se marier ». Contrepoint lucide de la jolie passagère à côté de lui : « Mais il ne reviendra peut-être pas… » Autre note plus grave, plus tragique : « L’Atlantique ne cesse de nous avaler, et nos mères de pleurer… » chante le chauffeur de taxi, mettant en cause le départ rêvé des jeunes comme seule solution aux difficultés économiques du pays. Et quand le taxi roule vers St Louis, avec ses huit passagers, un incident l’attend ; là encore, on s’arrangera, réparation et retard payés, effacés, par une pastèque.
L’originalité est due à ce patchwork de styles musicaux : une chanson évoque une berceuse, tandis que le récit de la patronne du salon de coiffure, accompagné à la trompette, est du jazz. Le jeune Africain aspirant au départ, avec son canotier, rappelle le music hall, et le 8e passager chantonne une romance à la Michel Legrand. La fin du voyage, happy end avec réconciliation et espoir, est le dénouement euphorique des opérettes.
Finalement, Un transport en commun n’est pas un OVNI mais un OCOM (objet cinématographique à origines multiples) faciles à identifier ; les musiques et chorégraphies sont si reconnaissables qu’à ce titre on ne peut parler d’inspiration, mais de revisitation et d’appropriation. C’est une œuvre très personnelle, pleine de bonne humeur, au ton décalé, au style vif, mais qui sait peindre la nonchalance.

Nicole Labonne

Un transport en commun: 2009 France Sénégal
réalisatrice: Dyana Gaye
48' couleur color 35mm
production: Andolfi

Le film a reçu dans le cadre du festival entrevues
le prix du public Court-métrage de fiction


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