jeudi 11 octobre 2018

Jakuchu, Le Royaume coloré des êtres vivants

Attention trésors fantastiques ! Si vous n’êtes pas encore allés découvrir Le Royaume coloré des êtres vivants de Jakuchu, il ne vous reste que quelques jours pour aller admirer le chef-d’œuvre du génie japonais au Petit Palais. L’exposition ne dure qu’un mois car les 30 rouleaux de soie sont fragiles. Le succès est au rendez-vous. Chaque jour, une foule compacte de 3000 visiteurs vient admirer religieusement à pas de tortue le raffinement, la poésie et la modernité d’une œuvre intemporelle dont seul un génie japonais peut être l’auteur. L’émerveillement suscité par Le Royaume coloré des êtres vivants de Jakuchu restera gravé pour longtemps. Une exposition époustouflante visible jusqu’au 14 octobre.

Itō Jakuchū, Vieux pin et phénix blanc, 1765-1766, Tōkyō,
Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan),
Agence de la Maison impériale
Communiqué de l’exposition :

Pour la première fois en Europe, le public aura le privilège de découvrir le chef-d’œuvre réalisé par Itō Jakuchū (1716-1800). Figure singulière de la période Edo (1603-1867), Jakuchū est connu comme l’un des artistes excentriques ou indépendants de Kyōto, qui n’étaient liés à aucun mouvement artistique en particulier, mais qui créèrent un style tout à fait personnel. Ce fut seulement à l’âge de 40 ans passés qu’il put s’adonner entièrement à la peinture. Cet ensemble de trente rouleaux intitulé Images du royaume coloré des êtres vivants (Dōshoku sai-e) est son œuvre la plus ambitieuse, réalisée sur presque une décennie. Il représente avec ses fleurs, poissons, et oiseaux l’un des exemples les plus remarquables de peinture polychrome japonaise du 18ème siècle. Cet ensemble, appartenant à la collection de l’Agence de la Maison impériale du Japon, en tout point exceptionnel, n’a quitté le Japon qu’une fois, en avril 2012, pour être présenté à la National Gallery de Washington. Il n’est montré qu’à Paris accompagné par la triade buddhique du temple Shôkoku-ji et pour une durée d’un mois en raison de sa fragilité.

Commissaires : Aya Ōta, conservateur en chef du Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzokan), Manuela Moscatiello, responsable des collections japonaises au musée Cernuschi, le Musée des Arts de l'Asie de la Ville de Paris. Cette exposition a lieu à l’occasion du 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon en 2018, sur le thème « Japonismes 2018 ».

Itō Jakuchū, Canards mandarins dans la neige, 1759, Tōkyō,
Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan),
Agence de la Maison impériale
Itō Jakuchū, Coqs, 1761-1765, Tōkyō,
Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan),
Agence de la Maison impériale
Itō Jakuchū, Vieux pin et paon, 1757- 1760, Tōkyō,
Musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan),
Agence de la Maison impériale



http://www.petitpalais.paris.fr/expositions/jakuchu

dimanche 29 juillet 2018

Un gentleman ottoman, Victor Eskenazi


Cette autobiographie peu ordinaire retrace la vie, ou plutôt les vies de Victor Eskenazi, juif sépharade originaire de Constantinople, devenu entre autres, vendeur de tapis à Milan, agent secret britannique pendant la seconde guerre mondiale puis antiquaire. Ce livre délicieusement écrit est un voyage qui vous fera apprécier les saveurs de Constantinople, Vienne, Milan, Londres, le Cap, Le Caire, etc.

Victor Eskenazi était un hypersensible à l’art, amoureux des beaux objets exotiques anciens dans lesquels il a baigné depuis qu’il est petit, capable de fondre en larmes devant un magnifique Bouddha de la période Gupta. La description de la collection de son oncle, ses rencontres avec certains objets et certaines œuvres nous transmettent l’émerveillement qu’a ressenti l’auteur.

Voici quelques extraits :

“Dès l’enfance, j’avais nourri un intérêt particulier, peut-être atavique, pour les objets d’art et de la curiosité pour les circonstances dans lesquelles ils avaient été créés. Notre appartement regorgeait d’objets et de tapis hérités ou réunis par mon oncle, collectionneur comme de nombreux médecins qui tentaient de cette façon d’oublier un peu la réalité la plus triste et la plus impitoyable de l’existence.”

“L’étude des tapis anciens me conduisit peu à peu vers l’art oriental. C’était aussi, je crois, un hommage, aux magnifiques objets d’antiquité parmi lesquels j’avais grandi. La soif d’apprendre ne s’amenuise jamais, surtout quand il vous est donné de revivre l’histoire à travers la vision et le contact des objets d’art.”

“La faculté d’identifier un objet d’art est, pour l’antiquaire, l’un des aspects les plus intéressants de son métier. C’est le couronnement de son expérience, de ses études, c’est la satisfaction d’avoir résolu un difficile problème. À sa sensibilité visuelle s’ajoute bientôt une sensibilité tactile. On ne peut connaître un objet sans le toucher, sans pouvoir sentir son poli, sa patine, son velouté. Les doigts sont le prolongement tactile des yeux, ils font écho à la connaissance.”

“Les êtres qui n’éprouvent pas un frémissement de joie en présence d’une véritable œuvre d’art et qui ne s’émeuvent pas quand ils sentent sur leur peau le souffle créateur de l’artiste, l’inspiration divine qui est à la base de l’œuvre immortelle, ne jouissent pas pleinement des dons offerts par une nature qui n’est pas toujours ingrate.”



Ce livre jouissif est préfacé par le fils de l’auteur, John Eskenazi, lui aussi devenu antiquaire.
www.john-eskenazi.com

vendredi 6 juillet 2018

François Rappo à TypeParis


Les poinçons Didot 
Typographie Didot Elder
Genath




Dernière typographie revival : Jean Jannon
Jean-François Porchez et son équipe de Typofonderie organisent depuis 2015 une formation pour apprendre à concevoir un caractère et un cycle de conférences intitulé TYPEPARIS. Les intervenants sont prestigieux et viennent du monde entier. Nous avons pu voir notamment les typographes Jeremy Tankard, Peter Bilak, Stéphane Elbaz. L’année dernière une conférence spéciale présentait la jeune génération avec les travaux prometteurs de Mathieu Réguer et Roxane Gataud.

Mercredi dernier l’enseignant et typographe suisse François Rappo a présenté ses sources d’inspiration, sa conception de la création typographique et ses caractères Didot Elder, Genath, Plain, Theinhardt, Jannon. Une vision transversale du graphisme toujours tournée vers l’expérimentation et ce qui se fera demain.

 

Optimo Type Foundry
TypeParis

Hansje van Halem à TypeParis








Jean-François Porchez et son équipe de Typofonderie organisent depuis 2015 une formation pour apprendre à concevoir un caractère et un cycle de conférences intitulé TYPEPARIS. Les intervenants sont prestigieux et viennent du monde entier. Nous avons pu voir notamment les typographes Jeremy Tankard, Peter Bilak, Stéphane Elbaz ou encore François Rappo. L’année dernière une conférence spéciale présentait la jeune génération avec les travaux prometteurs de Mathieu Réguer et Roxane Gataud.

Mercredi dernier nous avons pu découvrir le travail chatoyant de la graphiste hollandaise Hansje van Halem, à la frontière de l’art cinétique. La graphiste se passionne pour les trames, les motifs, les illusions d’optique et l’animation des lettrages.


Hansje van Halem
Typofonderie
TypeParis

samedi 16 juin 2018

Quand la street dance de Brookling s’invite à la Villette à travers FlexN


Photographie Clémentine Crochet
Voilà un spectacle époustouflant et créatif ! Découverte d’une nouvelle forme de street dance, le « Flexing », inventée à Brooklyn, NYC. Les mots me manquent pour parler de cette chorégraphie tellement innovante insufflée par Reggie « Regg Roc » Gray en collaboration avec Peter Sellars. Du jamais vu totalement virtuose !



Bien plus qu’une danse de rue, le flex est une culture dont Reggie Gray est le pionnier.
Émule du style Bruk up né en Jamaïque, le flex débarque à East New York (Brooklyn) au début des années 1990 où il rencontre Reggie « Regg Roc » Gray, l’inventeur de la technique du pauzin'. Gray s’impose dès lors comme le pionnier de la culture flex sur le continent américain. En 2015, il croise la route de Peter Sellars et ils créent ensemble un spectacle explorant l’amour et la justice, à travers de puissants récits personnels et les techniques virtuoses du flex. Devant les sculptures lumineuses de Ben Zamora, habitué des collaborations prestigieuses (Bill Viola, Olson Kundig Architects, Peter Sellars…) quinze danseurs tissent autour de Flexn un récit ancré dans le vocabulaire de la danse post-moderne.

Lexique du Flexing 

Flexn
Créé par Rocky et Sandra Cummings, le terme est issu de Flex N Brooklyn, un show télévisé du début des années 1990 qui a introduit les mouvements du flexing au grand public.

Dancehall
Genre musical populaire jamaïcain né à la fin des années 1970, il s’agit d’une variante plus rythmée du reggae original qui avait dominé les années 1970.

Pauzin' (pionnier : Regg Roc)
Style qui alterne mouvements de danse rapides et de pauses. Le danseur exagère les différents effets de mouvements et y intègre des pauses appuyées.

Bone-Breaking
Comme son nom l’indique, ce style donne l’illusion que les os du danseur se brisent. Le pionnier du genre est Nugget.

Gliding
Style basé sur le concept et l’illusion d’« air – walking », du glissement et du flottement par le biais de différentes postures, positions de pieds, mouvements du corps et gestes des mains. Le pionnier est Brian.

Waving
Lorsque que le corps du danseur, tout ou partie, ondule comme une vague allant d’un point vers un autre. Modd : Expression utilisée pour décrire une figure ou un mouvement spectaculaire : "that’s modd" ou "goin’ modd".

REGGIE GRAY SUR LES CHAPEAUX DE RUE

jeudi 25 janvier 2018

Familie Flöz dans Hotel Paradiso

Bienvenue dans l’univers burlesque et déjanté de la Familie Flöz dans Hotel Paradiso actuellement au théâtre Bobino. Cette pièce de théâtre inclassable, pleine d’humour et de poésie ravira les petits comme les grands à travers une série de gags et de péripéties rocambolesques situés dans une pension familiale à la montagne. La performance des acteurs est remarquable car ils jouent masqués une pièce sans dialogue en faisant transparaître toutes les émotions possibles. À la fois clownesque et poétique, un peu comme du Jacques Tati bien pimenté, cette comédie vire rapidement au thriller. À découvrir absolument pour rire et passer un excellent moment !

La Familie Flöz est interprétée magistralement par : Anna Kistel ou Marina Rodriguez Llorente, Sebastian Kautz, Daniel Matheus, Nicolas Witte jusqu’au 4 février au théâtre Bobino.

vendredi 15 décembre 2017

Bosch Dreams, Les 7 doigts de la main



Photographies Abraham Per Mortensen

Pour rendre hommage aux 500 ans de la mort de Jérôme Bosch, les circassiens québécois des 7 doigts de la main et le théâtre République du Danemark ont imaginé et coproduit un projet extraordinaire. Bosch Dreams fait dialoguer le peintre du Moyen-Âge avec Dalí et Jim Morrisson. Pour raviver la mémoire du peintre, le collectif a fait appel au vidéaste Ange Potier qui crée les costumes et signe des animations inouïes se fondant avec les acrobaties des artistes. Sur scène, sept complices interprètent vingt-quatre personnages, dont quelques célébrités très identifiables. Le tout est empreint d’une poésie folle, d’une grande maîtrise technique et se répand en débauche de beauté.

Ci-dessous le film d’animation El Bosque d’Ange Potier, l’univers du film est similaire à l’ambiance onirique du spectacle :



Le spectacle Bosch Dreams est visible jusqu’au 17 décembre à la Villette. Extrait du spectacle sur http://7doigts.com/spectacles/creations/bosch-dreams#!

vendredi 6 octobre 2017

Klara Kristalova, Camouflage à la galerie Perrotin

Vues de l’exposition Klara Kristalova à la galerie Perrotin Paris
Derniers jours pour plonger dans l’univers onirique de Klara Kristalova à la galerie Perrotin mêlant sculptures en grès émaillé, végétaux et dessins à l’encre. L’exposition Camouflage s’achèvera samedi 7 octobre.





Vues de l’exposition Klara Kristalova à la galerie Perrotin Paris
Photographies Alice Bénusiglio

samedi 10 juin 2017

Mon esperluette pour la fonderie Velvetyne et la maison d’édition –zeug


Esperluette dessinée par Alice Benusiglio en hommage à Alais de Beaulieu

L’esperluette ou esperluète (nom féminin), également appelée perluette, perluète ou « et » commercial, désigne le logogramme &. Elle résulte de la ligature des lettres de la conjonction de coordination « et » et possède la même signification. (cf.wikipédia)
Voici mon esperluette suite à l’appel à contribution mondial lancé par la fonderie Velvetyne et la maison d’édition -zeug. La collection est visible sur Velvetyne's Worldwide ampersand call et réunit 450 esperluettes, 288 d’entre elles feront l’objet d’une publication aux éditions -zeug, en compagnon de l’ouvrage Évolutions formelles de l’esperluette de Jan Tschichold (septembre 2017). Cette collection sera également publiée sous forme de typographie libre chez VTF. Ce projet créatif et ludique, ouvert aux amateurs et aux professionnels met en lumière la grande diversité de formes que l’on peut créer à partir d’un signe.
En travaillant sur les écritures du XVIIe siècle, je me suis intéressée à l’écriture bâtarde qui incarne l’âge d’or de la calligraphie française. Cette écriture est admirablement écrite et décrite par Alais de Beaulieu dans l’Art d’écrire. Mon esperluette reprend la forme typique de « l’Alfabet Bâtard » de Jean-Baptiste Alais de Beaulieu de 1680.

http://www.zeug.fr/info/
http://velvetyne.fr/
http://alicebenusiglio.com/

lundi 1 mai 2017

London Now by Tim Walker dans le magazine I-D


Retour en images sur le somptueux magazine londonien I-D du mois d’avril 2017 avec comme special guest le photographe Tim Walker à l’univers onirique unique. Ce numéro très créatif réunit tous les meilleurs talents du moments, rédacteurs, créateurs, photographes, designers, stylistes, maquilleurs, coiffeurs, DJ, artistes, modèles. Le mot d’ordre de ce “creativity issue” : “Stay weird, Stay different” avec un style typiquement londonien, profondément cosmopolite et excentrique. Pari réussi pour ce magazine à la direction artistique très libre, présentant des séries modes hétéroclites particulièrement originales. Le chapitre “Stay different” démarre par une magnifique série signée Grace Coddington présentant les vêtements de John Galliano pour la Maison Margiela. Le chapitre “To create” démarre avec un portrait de l’artiste designer James Merry suivi d’une somptueuse série mode incarnée par Tilda Swinton portant des vêtements signés Studio FBG et des coiffes signée Spencer Horne. Le magazine s’achève avec une interview d’une icône de la mode japonaise, Rei Kawakubo, créatrice de la marque Comme des Garçons.











interview filmée de Tim Walker : https://i-d.vice.com/en_gb/video/i-cons-tim-walker?utm_source=idfbus

lundi 3 avril 2017

Georg Baselitz, Descente à la Galerie Thaddaeus Ropac



Vues de l’exposition Descente de Georg Baselitz à la Galerie Thaddaeus Ropac de Pantin
Communiqué de la galerie :

La Galerie Thaddaeus Ropac présente dans son espace de Pantin un ensemble de nouvelles peintures et d'œuvres graphiques de l’artiste allemand Georg Baselitz, réunies sous le titre Descente. Dans les quatre nefs de la galerie, l’artiste présente des réinterprétations d’un tableau iconique de Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier (1912), des portraits presque abstraits du peintre originaire de Dresde Ferdinand von Rayski, des références à un tableau d’Otto Dix Die Eltern des Künstlers [Les parents de l’artiste] (1924), des portraits sensibles et sans concession de sa femme Elke, ainsi que des travaux qui renvoient à Die Grossen Freunde [Les Grands amis], l'un de ses tableaux majeurs de 1965. Dans l’espace de la galerie ces œuvres se font écho et ouvrent sur cet univers plastique intime et très personnel devenu caractéristique du travail de Baselitz au cours des dernières années. A propos de ces motifs autoréférentiels, Baselitz disait récemment : « Le champ thématique de mon travail s’est fortement réduit au cours des dernières années. L’important est que je me suis de plus en plus isolé dans ma peinture. Je me suis de plus en plus replongé en moi-même pour en tirer tout ce que je fais. Je vis avec d’anciens catalogues, avec de vieilles photos et ne fais rien d’autre. Je peins entre moi et moi-même et sur nous deux. Voilà. Et de temps en temps, quelqu’un comme Otto Dix, que j’estime beaucoup, vient se joindre à nous. » Un ouvrage, avec un texte de Florian Illies, est publié à l’occasion de l’exposition.

http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2017/04/12/03015-20170412ARTFIG00157-baselitz-reinterprete-le-motif-final-avec-une-maestria-stupefiante.php

samedi 18 mars 2017

Aya Takano, The Jelly Civilization Chronicle

Aya Takano, Guardian of the World in Two Hundred Years, 2017
©Aya Takano/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Galerie Perrotin Paris
La galerie Perrotin présente les peintures oniriques et étranges d’Aya Takano à travers l’exposition The Jelly Civilization Chronicle. Entre rêve et chaos, l’artiste représente un univers complexe et tourmenté. De la destruction liée au tsunami, émerge la renaissance foisonnante d’un monde meilleur respectueux de la nature et de la vie.

Extraits du communiqué :
Peintre, dessinatrice, auteure de science-fiction et de manga, Aya Takano fait partie de Kaikai Kiki, le studio de production artistique créé en 2001 par Takashi Murakami. Inspirée par tous les arts, des estampes érotiques de la période Edo à l’impressionnisme, d’Ozamu Tezuka à Gustav Klimt, l’artiste a construit un univers qui lui est propre. Un univers fait d’une infinité de mondes, comme autant de moyens de s’échapper de la réalité, de la gravité et de ses contraintes, pour atteindre une certaine forme de transcendance envisagée dès le plus jeune âge :
« Lorsque j’étais enfant, je rêvassais tout le temps, je vivais dans mon imagination, grâce à la lecture des livres et des mangas. Je détestais le design de la plupart des machines et des immeubles ; je les déteste encore aujourd’hui… J’aspirais à la liberté de l’esprit, et en ce sens, j’étais très différente des autres. J’aimerais être comme cela aujourd’hui, mais je n’en suis plus capable… »
L’exposition The Jelly Civilization Chronicle présente une sélection de 26 peintures et plusieurs dessins sur celluloïd, œuvres préparatoires à un manga de 186 pages.

Aya Takano, Encounter, 2017
Le manga met en scène les aventures de Naki et Minaka dans un voyage allant de la “Machine Civilization” à la “Jelly Civilization”. Dans un aller-retour entre les époques et les espaces, les deux personnages se retrouvent dans le ciel jusqu’aux confins de l’univers, au fil de lieux inexplorés ou de planètes aux pouvoirs magiques inconnus... Habillés d’abord de l’emblématique uniforme de lycée, ils sont parfois nus, revêtent tour à tour des kimonos traditionnels ou des habits oniriques faits d’une mystérieuse gelée, organisme vivant qui se nourrit d’eau et d’oxygène. Entourés de créatures étonnantes, ils sont accompagnés de leurs ancêtres, représentés sous la forme d’animaux, apprennent les informations des astres, côtoient une reine au masque de hibou et des êtres à la peau tatouée d’étoiles.
Sur les ruines d’un réacteur nucléaire, après de multiples épreuves et métamorphoses, les héros retrouvent la société de paix qui était la leur, la “Jelly Civilization”, où se combinent la tradition, le souvenir et l’éternité: « La mémoire de tous ceux qui portent de la “gelée”, la mémoire de toute la “gelée”, la mémoire de ce qui est en train de se passer, et de ce qui pourrait se passer… » Ainsi naît le fruit d’une imagination qui se nourrit d’elle-même, pleine de toutes les possibilités de l’illusion, tel un lieu idéal, aux frontières du rêve et du désir : « cet endroit est omniprésent, explique Aya Takano. Il est en nous et partout ailleurs. » The Jelly Civilization Chronicle fut un vrai défi pour l’artiste, qui eut à cœur d’y exprimer l’histoire récente du Japon, comme d’y cristalliser pour la première fois ses angoisses et ses obsessions: un an de travail fut nécessaire pour élaborer cette œuvre inédite et ambitieuse, présentée pour la première fois à Paris, à la Galerie Perrotin.

Aya Takano, The Galaxy Inside, 2015
Aya Takano, A City of Jelly and Hatafutame, 2017
Aya Takano, The Adventure Inside, 2017
Discussion avec Aya Takano en 2009 (deux ans avant l’accident de Fukushima):

Malgré le chaos et l’adversité dans vos œuvres, il y a toujours la vie qui grouille, surgissant quoiqu’il arrive, avec des survivants, des animaux…
L’homme va peut-être périr, cela arrivera peut-être un jour. Mais je crois en la force de la nature et de la vie qui resurgira plus tard.

N’est-ce pas aussi le propos de cette exposition Toward Eternity ?
Je ne sais pas si cela a un lien. Mais c’est vrai que je cherche toujours l’éternité, la renaissance, le renouvellement dans mon travail.

http://aliceaupaysdesarts.blogspot.fr/2009/12/aya-takano-from-here-to-eternity.html
http://aliceaupaysdesarts.blogspot.fr/2012/07/aya-takano-to-lose-is-to-gain.html